Génocide: comprendre l’inimaginable !

Depuis le début de ce blogue, j’évite volontairement de vous parler du génocide qui a eu lieu au Rwanda en 1994, pour deux raisons. La première : parce que je considère que les gens méconnaissent ce magnifique pays et que trop souvent encore on fait référence à celui-ci seulement pour le drame que ses habitants ont vécu. La deuxième : parce qu’en toute humilité, je ne sais pas comment aborder ce sujet qui est selon moi extrêmement délicat.

Mais nous sommes en avril. Ce qui signifie que jusqu’en juillet, aura lieu dans tout le pays, la 17e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Le gouvernement rwandais a placé les cérémonies de cette année sous le thème « Commémoration du génocide contre les Tutsi : promouvons la culture de vérité et notre dignité ». Sur le plan national, les cérémonies de commémoration se dérouleront le 7 avril et une grande cérémonie aura lieu au stade Amohoro, à Kigali.

Donc, j’aborderai le sujet parce que je crois qu’il mérite qu’on s’y attarde. Plusieurs craignent que le scénario du Rwanda se répète en Côte-d’Ivoire. J’ignore si nous avons le pouvoir, en tant qu’individu, d’empêcher que de telles horreurs ne se reproduisent. C’est pourquoi je vous invite à faire un petit exercice de réflexion avec moi…

Vous souvenez-vous où vous étiez et ce que vous faisiez le 11 septembre 2001? Moi, je m’en souviens très bien! Je travaillais dans une école primaire à Montréal. Nous avons passé la journée à regarder les infos. Tous, nous avons été sidérés de voir les deux tours du World Trade Center s’écrouler. Lors de ces attaques, deux mille neuf cent quatre-vingt-quinze (2 995) personnes sont mortes et les survivants souffrent, encore aujourd’hui, de traumatismes physiques et psychologiques.

Maintenant, refaisons l’exercice. Vous souvenez-vous où vous étiez et ce que vous faisiez le 7 avril 1994? Oui je sais, c’est un peu plus difficile, car les événements remontent à 17 ans. Alors, est-ce que vous vous rappelez l’été 1994? Moi, je ne m’en souvenais pas du tout. J’ai dû faire un effort considérable (et un calcul mental) pour me rappeler ce que je faisais à cette époque. J’ai finalement trouvé! J’étais aux études au Collège LaSalle, à Montréal. Je venais tout  juste de terminer la première année de ma technique en commercialisation de la mode. Je découvrais les plaisirs de vivre dans une métropole. J’étais jeune et naïve.

Si quelqu’un, à ce moment-là, m’avait parlé du Rwanda, je lui aurais dit en bon québécois : « Quosse ça mange ça en hiver? » (traduction pour les non-Québécois : « C’est quoi ça? » ou « c’est où ça? »). Bref, puisque j’ai dormi dans la plupart de mes cours de géographie pendant mon adolescence et que le sort de l’humanité ne faisait pas partie de mes priorités de jeune fille vivant dans une ville cosmopolite, je ne savais rien de ce pays et encore moins du drame qu’il vivait pendant cet été fatidique!

Je crois que je n’étais pas la seule à ignorer totalement ce pays en 1994, car en 100 jours près de 1 000 000 de personnes sont mortes. Ce qui signifie 10 000 personnes par jour, ou 416 personnes par heure, ou 7 personnes par minute, pendant trois mois!!! Lors de l’effondrement des tours du World Trade Center, près de 3 000 personnes sont mortes en une journée. Les médias en ont parlé pendant plusieurs semaines. Comment est-ce possible que 10 000 personnes soient mortes tous les jours, pendant trois mois et que je n’en ai rien su? Quelqu’un peut-il m’expliquer ?

Maintenant, refaisons un autre petit exercice. En général, presque tout le monde a perdu un être cher dans sa vie (pour les autres, considérez-vous chanceux!). Est-ce que vous pouvez vous rappeler ces personnes facilement et le vide qu’elles ont laissé? Moi, j’ai perdu ma grand-mère en 2006 et mon grand-père en 2009. Je considérais ces deux personnes comme mes parents. Tous les deux sont morts de vieillesse, à l’hôpital, entourés de leurs proches. Encore aujourd’hui, ils me manquent énormément et parfois je pleure leur départ.

Je sais que certaines personnes ont perdu des gens proches dans des situations plus dramatiques telles qu’un accident de voiture, un suicide ou suite à une maladie mortelle. Même si je n’ai jamais vécu de situation similaire, je peux m’imaginer la souffrance que vous ressentez, car je comprends le drame par lequel vous êtes passées. Je peux trouver les mots pour vous offrir mes condoléances.

Là où je ne trouve pas les mots et où c’est difficile pour moi de concevoir l’inimaginable, c’est de savoir que des gens que j’aime, qui sont mes amis aujourd’hui, ont perdu leurs parents dans un massacre. Pourquoi? Parce qu’ils faisaient partie d’une ethnie. Et comme si ce n’était pas assez de perdre ceux qu’ils aimaient dans ces circonstances, ils ont dû vivre dans un enfer pendant trois mois. Croyez-vous qu’on peut enterrer aisément un million de cadavres? Si Haïti, suite au tremblement de terre de 2010, a eu des difficultés à disposer des 230 000 morts qui jonchaient les rues, comment les Rwandais, eux, pouvaient-ils inhumer leurs morts décemment?

Photo : Véronique BoudreaultPhoto : Véronique Boudreault

C’est en visitant le mémorial du génocide à Gisozi, à Kigali, que j’ai vraiment compris le drame. Les événements sont très biens expliqués et les hommages rendus aux victimes très touchants. C’est donc un incontournable, si vous venez au Rwanda, allez visiter au moins un des nombreux mémoriaux.Il est important pour les Rwandais de ne pas oublier ces événements, surtout pour les prochaines générations, afin que les erreurs de leurs aïeux ne se répètent pas. Mais nous, Occidentaux, comment pouvons-nous nous assurer que de tels drames ne se reproduisent pas et passent sous silence?

La seule façon, à mon avis, c’est de ne pas rester dans l’ignorance. Aujourd’hui, avec les chaînes de nouvelles en continu, Internet et les réseaux sociaux, la planète est devenue minuscule. Nous devons être sensibilisés aux drames que les « autres » vivent. Suite au tremblement de terre à Haïti, des milliers de personnes ont offert leur aide. En ce moment, le Japon vit des moments difficiles, mais il reçoit du soutien provenant des quatre coins du monde. Vous trouvez que ces pays sont loin de vous? Peu importe où vous habitez, des milliers de personnes souffrent près de vous. Si vous pouvez aider un peu, faites-le! Même si la seule chose que vous pouvez offrir est un sourire, c’est déjà beaucoup.

Si vous voulez en savoir plus sur le génocide de 1994, plusieurs livres ont été publiés et de nombreux films ont été diffusés suite à ces événements tragiques. Voici quelques titres. La liste n’est pas exhaustive et si vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à les partager avec nous.

Films :

Livres :

En terminant, voici le témoignage d’une survivante. Celle-ci a écrit un livre pour exorciser ses démons. Je souhaite à tous les Rwandais qui vivent encore avec les cicatrices (physiques et psychologiques) du génocide de trouver leur façon de faire la paix avec le passé. Ce que vous avez vécu est inimaginable! Vous avez toute mon admiration de poursuivre votre vie avec autant de force, de courage et de détermination.

Le message du Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, à l’occasion de la dix-septième commémoration du génocide au Rwanda, le 7 avril, cliquez ici.

Définition d’un génocide: un génocide est l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales.

D’autres génocides :

  • Le génocide arménien (1915-1916);
  • Le génocide des Juifs;
  • Le massacre de Srebrenica (1995) : massacre d’environ 8 000 Bosniaques commis par des Serbes de Bosnie en juillet 1995 pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine;
  • La déportation du peuple tchétchène (1944);
  • En Roumanie (1946-1989);
  • Le génocide tibétain (1959);
  • Au Canada, les enfants des Amérindiens furent envoyés, entre 1922 et 1984, dans des pensionnats (Écoles résidentielles) fondés par le gouvernement canadien, dirigés par des églises (catholiques ou protestantes), où étaient entretenues des conditions d’insalubrité, de violences de tout ordre comme la pédophilie ou encore d’expérimentations médicales (dans les dernières années, à partir de la Guerre froide), ce qui conduisit à une mortalité de presque 50 %, soit donc  environ 50 000 décès d’enfants en quelques décennies (sur les 120 000 pensionnaires y ayant séjourné) ;
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4 réflexions sur “Génocide: comprendre l’inimaginable !

  1. Article très émouvant… et très dérangeant!!! On n’aime pas voir que l’être humain – c’est-à-dire nous – peut être à l’occasion barbare, sanguinaire, rempli d’une folie meurtrière. On voudrait que ça se passe uniquement « ailleurs », mais tu nous montres que ça se passe aussi chez nous , dans notre pays réputé pacifique. Et c’est difficile à digérer!!! Ton article, bien qu’il nous incite à une prise de conscience très pertinente, même si douloureuse, nous invite également à chercher des moyens de cultiver notre côté lumineux. L’être humain, s’il est parfois au service du Diable, peut, s’il en prend conscience et le choisit, être au service de Dieu… Cependant, pas à la manière de l’Inquisition qui a brûlé près de cinq millions de « sorcières », mais à la manière d’une Mère Teresa (elle aussi de religion catholique) dont le sourire divin a soigné, avec une égale compassion, le corps et l’âme de personnes de diverses religions. Bravo, c’était pas facile d’aborder ce sujet délicat, mais il était incontournable. Tu l’as fait d’une manière admirable, avec ton coeur!!! J’ai beaucoup d’admiration pour les Rwandais qui cherchent, de diverses façons, à soigner les blessures de leur âme. Blessures qui sont longues à guérir, comme le disait, en connaissance de cause, Mère Teresa.

  2. Pingback: Des livres qui vous ferons apprécier le Rwanda | INZU Lodge

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