Histoire du Rwanda : les 1er et 4 juillet, des dates importantes pour les Rwandais

L’histoire du Rwanda, tout comme celle de nombreux pays, n’est pas simple. Aussi, vous expliquer brièvement pourquoi ces deux dates sont significatives dans l’histoire du pays des mille collines relève du défi. Mais je crois que connaître l’histoire d’une nation permet de mieux comprendre son présent. Êtes-vous prêts pour un petit cours 101 sur l’histoire du Rwanda ?

1er juillet Jour de l’Indépendance

Le Rwanda est probablement le dernier pays d’Afrique à avoir été découvert et colonisé par les Européens. En 1894, le comte allemand Gustav Adolf von Götzen arrive au Rwanda avec ses troupes. Ils seront les premiers à traverser le pays d’est en ouest. Götzen rencontrera le mwami (roi) Kigeri Rwabugiri IV (1853-1895).

Après la Première Guerre mondiale (1914-1918), les Allemands doivent quitter le Rwanda. Le pays des mille collines sera confié à la Belgique, grâce au Traité de Versailles (1919). La Société des Nations (maintenant l’ONU) confiera à la Belgique un mandat de tutelle. Les Belges s’appuieront sur les autorités locales en place dont le mwami Yuhi Musinga et certains aristocrates tutsi.

 Yuhi Musinga et sa famille

En 1931, les puissances coloniales reprochent au mwami Yuhi Musinga de ne pas vouloir se convertir au catholicisme et de ne pas se préoccuper de ses sujets. Il est accusé d’ « égoïsme et de lubricité ». Il doit s’exiler au Congo Belge (aujourd’hui la République Démocratique du Congo). La même année, les Belges confieront le pouvoir à son fils le mwami Mutara Rudahigwa.

Mwami Mutara Rudahigwa

Un premier recensement eut lieu en 1934-1935. C’était la première fois que l’identité d’une personne était « officialisée ». Pour ceux qui ne s’identifiaient ni aux Tutsi, ni aux Hutu, des critères de sélection, entre autres, le nombre de têtes de bétail (si vous aviez plus de 10 bêtes, vous étiez un Tutsi) et la profession, déterminaient le groupe « ethnique ». Jusqu’en 1994, chaque Rwandais avait un livret d’identité portant la mention de son groupe ethnique.

En 1956, Mutara Rudahiga commence à discuter avec l’ONU afin d’obtenir l’indépendance du Rwanda. Trois ans plus tard, le 25 juillet 1959, il meurt dans des conditions mystérieuses. Ses conseillers placeront au pouvoir Kigeli V Ndahindurwa. Mais ce choix ne plaît pas aux représentants de l’Église, ni aux Hutu qui désirent être intégrés au nouveau gouvernement. Les manifestations vont dégénérer en guerre civile. L’ancien gouvernement de Kigeli  Ndahindurwa et  plus de 200 000 Tutsi quitteront le pays, en 1960, pour l’Ouganda.

Le 25 septembre 1960, un référendum est organisé. Ceux qui y participeront voteront à 80% pour la mise en place d’une république. Aussi, en 1961, le parti politique hutu Parmehutu obtiendra 78% des sièges à l’Assemblée nationale du Rwanda. Il formera le premier gouvernement hutu. Suite à ces événements, le Conseil de tutelle des Nations Unies insistera pour que la Belgique accorde l’indépendance au Rwanda. L’indépendance du Rwanda sera donc proclamée le 1er juillet 1962. Le 26 octobre 1962, Grégoire Kayibanda devient le premier président de la République du Rwanda.

Grégoire Kayibanda

4 juillet Jour de la Libération

Mais ce succès sera gâché par de fréquents heurts entre la nouvelle majorité dominante hutu et la minorité tutsi historiquement plus puissante, culminant avec le massacre d’environ 10 000 Tutsi à la fin de 1963.

En 1973, un coup d’État a lieu, et Grégoire Kayibanda est remplacé par son ministre de la défense, le général Juvénal Habyarimana. Le nouveau président Habyarimana ne sera pas aussi drastique dans sa politique de discrimination ethnique qui empêchait les Tutsi d’accéder à des postes de responsabilité politique. Il appliquera plutôt un système de quotas. Seuls 10% des Tutsi seront admis dans les écoles, les universités et les emplois, et presque aucun Tutsi ne pourra accéder à un poste de maire ou de préfet.

Juvénal Habyarimana

En 1975, Juvénal Habyarimana fondera son parti, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND). En 1978, il changera la Constitution afin de faire adopter un régime à parti unique. C’est seulement en 1990, sous la pression de la « communauté internationale », notamment du discours de La Baule de François Mitterrand, le 20 juin 1990, que Juvénal Habyarimana abandonnera, le 5 juillet 1990, la présidence de son parti unique et décidera de changer la Constitution pour donner naissance à une démocratie en autorisant la création de partis politiques.

Pendant ce temps, en 1987, les exilés tutsi s’organisent et forment le Front patriotique rwandais (FPR). L’Armée patriotique rwandaise (APR), la branche armée du FPR, attaquera le nord du Rwanda le 1er octobre 1990. Le président Habyarimana demandera l’aide des pays alliés, dont la France, la Belgique et le Zaïre. En même temps, à Kigali, les Tutsi sont traqués, car ils sont considérés comme des traîtres qui supportent le FPR.

Suite à la réforme de 1990, conjuguée à l’affaiblissement du parti présidentiel et à l’opposition croissante, un amendement constitutionnel légalisant le multipartisme entrera en vigueur le 10 juin 1991. Le Mouvement démocratique républicain est légitimé et une quinzaine d’autres partis sont fondés dans les mois qui suivent.

En 1992, ces nouveaux partis politiques organiseront des manifestations à Kigali. En réponse, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) créera la tristement célèbre milice Interahamwe (qui signifie en kinyarwanda « ceux qui combattent ensemble »). Les partis d’opposition remporteront les élections et le président Habyarimana perdra progressivement une grande partie de ses pouvoirs.

Au début de 1993, le FMI et la Banque mondiale mettent fin à l’aide monétaire qu’ils offraient au gouvernement en place. Le Président Habyarimana est donc contraint de signer les accords d’Arusha (Tanzanie) qui prévoient la mise en place de nouvelles institutions de transition. La mise en œuvre de ces accords est partiellement retardée par le président Habyarimana dont les alliés extrémistes de la CDR (Coalition de défense de la République) n’acceptent pas les termes.

Le 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana est abattu alors qu’il s’apprêtait à atterrir à Kigali. Les membres dissidents du gouvernement, dont la première ministre Agathe Uwilingiyimana ainsi que des opposants, sont éliminés dès le lendemain et un gouvernement intérimaire est mis en place, avec Jean Kambanda pour premier ministre. C’est le début du génocide.

Le 4 juillet 1994, les troupes du Front patriotique rwandais (FPR), conduites par l’actuel président Paul Kagamé, s’emparent de Kigali après une longue avancée depuis l’Ouganda, au nord du pays. Ils mettent un terme à 100 jours de génocide contre les Tutsi, en faisant tomber le régime de Juvénal Habyarimana. Le génocide aura fait entre 800 000 et un million de morts.

Photo : Paul Kagamé

Chaque année, depuis 1995, les Rwandais célèbrent le 4 juillet 1994, considéré comme la date où le pays s’est libéré de l’oppresseur. Une grande fête est célébrée au stade Amahoro et dans plusieurs districts du pays. Les 100 jours de deuil sont terminés et cette cérémonie rappelle aux Rwandais que, sans oublier le passé, il faut se tourner vers l’avenir.

Depuis ce 4 juillet 1994, bien d’autres événements historiques et politiques ont eu lieu au Rwanda. Mais je vous en ferai le récit une autre fois, car j’entends déjà des ronflements dans la salle ! L’histoire d’un pays n’est jamais simple. Mais celle d’une nation qui a vécu un génocide l’est encore moins.

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