Un dimanche à Kigali

Contrairement à ce que le titre d’un film populaire pourrait vous faire croire, les Rwandais ne passent pas leur dimanche à la piscine. Puisque la majorité d’entre eux sont catholiques ou protestants, ils sont à l’église ou au culte. Et même si seulement 5% de la population est musulmane, partout au Rwanda on trouve des mosquées et on entend l’appel à la prière du muezzin.

Depuis mon retour au Rwanda, tous les dimanches j’assiste à un culte protestant. Ayant grandi au sein d’une société majoritairement catholique (non pratiquante), j’avais l’impression, au début, d’être une extraterrestre atterrie sur une planète où Dieu est sourd! Lorsqu’on assiste à une cérémonie catholique, le silence, la prière intérieure et le recueillement sont de mise. Alors, vous pouvez comprendre mon étonnement quand j’ai entendu, pour la première fois, avec quelle détermination les Rwandais protestants chantent, prient et proclament « AMEN » pour parler à Dieu.

Le protestantisme regroupe tous les courants religieux chrétiens qui se sont séparés du catholicisme. Le théologien Martin Luther est un des premiers à avoir manifesté son désaccord envers l’Église catholique. Ce qui lui valut d’être excommunié. Mais le courant protestantisme avait déjà conquis ses premiers disciples qu’on appelait « luthériens ». Aujourd’hui, il existe plusieurs Églises et mouvements protestants partout dans le monde. Ils partagent (presque) tous certains principes, dont voici un (très très) bref résumé :

  • Les protestants ne reconnaissent pas l’autorité du Pape;
  • La Bible est le seul document de référence;
  • Ce n’est pas un prêtre mais un pasteur (qui peut être parfois une femme) qui préside le culte et dont le rôle est de conseiller et de guider;
  • Les protestants ne reconnaissent que deux sacrements : le baptême et l’eucharistie ou Sainte-Cène;
  • Les concepts de purgatoire, de canonisation ou des indulgences n’existent pas pour les protestants;
  • Les protestants ne font pas le signe de croix et ne pratiquent pas la confession;
  • Les protestants célèbrent les fêtes de Noël, des Rameaux, de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte.

Le choc des premières rencontres passé, je peux maintenant davantage apprécier la foi et la dévotion des Rwandais protestants envers le Tout Puissant. Le culte auquel j’assiste est un moment privilégié pour remercier Dieu (et Jésus) des bienfaits qu’Il nous apporte. La première partie de cette cérémonie est constituée de chants interprétés par une chorale ou un chanteur avec un chœur, accompagnés de musiciens. Les chansons, au rythme parfois très entraînant, sont reprises par les fidèles qui n’hésitent pas à se déhancher et à suivre la cadence en frappant des mains. Pour permettre à tous de chanter, les paroles sont projetées sur un écran géant. Ainsi, pendant près d’une heure, les fidèles chantent la gloire de Dieu.

La deuxième partie est célébrée par le pasteur. Tout d’abord, ce sont des annonces (mariages, naissances, projets de construction d’un nouveau lieu de culte, etc.). Ensuite, le pasteur demande aux personnes qui viennent pour la première fois dans cette Église de se lever (oui oui je l’ai fait !!!). Les gens assis près de cette personne sont donc invités à accueillir le nouveau venu par des accolades et une poignée de main. Tout comme dans la cérémonie catholique, des paniers pour amasser la dîme parcourent l’assemblé. Une fois par mois, la Sainte-Cène est reconstituée et les fidèles communient avec le pain et le vin. Finalement, des versets de la Bible sont projetés sur l’écran et le pasteur explique leur signification avec des exemples tirés de la vie quotidienne. La deuxième heure s’achève. Le pasteur fait une dernière prière et les fidèles quittent le cœur en paix.

Ici, pas besoin de la canonisation du frère André pour remplir la salle. Tous les dimanches, l’endroit est bondé pendant les quatre cultes qui y sont célébrés (deux en kinyarwanda, un en français et un en anglais). Et le scénario est le même pour les autres cultes ou cérémonies catholiques du pays. Malgré l’implication de certaines Églises et de prêtres pendant le génocide, la foi est puissante au Rwanda. C’est tout à l’honneur de ce peuple qui a subi des épreuves au-delà de l’entendement.

J’ai demandé à un Rwandais qui a perdu ses parents lors du génocide, comment pouvait-il avoir autant la foi en Dieu?

« Ce n’est pas Dieu qui a créé le génocide, mais les hommes. Si les hommes avaient suivi les enseignements de Dieu, nous aurions peut-être évité cette guerre. »

Sa réponse a été pour moi une belle leçon de piété. Que l’on soit croyant ou non, pratiquant ou non, que l’on soit muzungu, rwandais ou extraterrestre, je crois qu’on peut tous mettre en pratique cette petite phrase de six mots : « Aimez-vous les uns les autres. »

Jean 13.34. Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.

Églises catholiques à Kigali : Église Sainte-Famille (centre-ville), Cathédrale Saint-Michel (centre-ville)

Culte protestant : The Evangelical Restoration Church in Remera

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